| Mon cher Mr Marx

Je reviens de la fédération ouvrière dont Laura vous parle dans sa lettre. — On avait convoqué toutes les sections de l’Internationale, tous les groupes ouvriers, toutes les corporations, chaque groupe avait envoyé un d’eux ou deux délégués; il y avait au moins 1200 ou 1300 membres de l’Internationale ou délégués des différents groupes ouvriers. Les statuts qui avaient été rédigés par une commission, furent adoptés à l’unanimité, sauf le paragraphe 2, auquel on a ajouté un nouvel amendement, conçu ainsi, que toutes les sections nommeraient des délégués suppléants, qui seraient prêts à entrer en fonction, si d’aventure le gouvernement mettrait la main sur le conseil fédéral. Ce fait vous prouve à quel degré est parvenu la classe ouvrière; votre conseil donné dans le manifeste de Bâle: «prendre sa liberté pour l’avoir» a été entendu et compris. Aujourd’hui la classe ouvrière grâce à l’internationale, qui a fait des progrès immenses depuis les élections dernières, grâce à la chambre fédérale des sociétés ouvrières, sent sa force et veut agir coûte que coûte. Le groupe mutuelliste est complètement enfoncé, il n’était pas représenté à la séance; il s’était opposé énergiquement à toute idée de fédération. Ce qu’il y avait de beau dans cette assemblée, c’était le besoin de centralisation que tous les membres sentaient et la conscience nette et précise que la classe ouvrière avait de son individualité comme classe et de son antagonisme contre la bourgeoisie. Vous eussiez été heureux d’assister à cette manifestation, vous le chevalier de la lutte des classes.

Après le vote des statuts; on parla du plébiscite et de la manière dont la classe ouvrière devait se conduire; tous les orateurs qui parlerent étaient pour l’abstention; mais considérant la circonstance opportune pour faire un manifeste. On nomma une commission dont je fais partie. Elle se réunit le soir même et discuta les bases du manifeste etc. Voici les 3 idées principales qu’il doit contenir: 1° qu’on ne reconnaît pas à l’empire le droit de poser des questions, 2° que comme l’empire représente la bourgeoisie, le peuple n’a rien à voir dans les améliorations des constitutions impériales. 3° qu’il fallait faire comprendre aux paysans la nécessité de l’abstention ou du vote par Bulletin Blanc — on nomma comme rédacteurs littéraires Tolain, Avrial , Paul Laurent etc … Voici la journée d’hier.

Vous avez dû voir dans la Marseillaise la grande communication de la branche française; mais heureusement que ça n’a pas plus d’influence ici qu’un crachat dans la mer. Quand le conseil fédéral sera constitué, on donnera ordre à la Marseillaise de ne rien imprimer sur l’Internationale sans en recevoir l’autorisation du conseil fédéral: vous devez savoir que la Marseillaise | est complètement au pouvoir de l’Internationale; si elle portait ses communications au Réveil , la Marseillaise mourrait.

Je pourrai me faire nommer par une section membre du Conseil fédéral, mais je crois qu’il vaudrait mieux que j’y sois comme le représentant du Conseil de Londres; voudriez vous me faire nommer mardi prochain représentant du Conseil près de la fédération parisienne.

L’Internationale compte ici des membres précieux; Varlin surtout a un talent d’organisation et une influence on ne peut plus grande — Gombaut délégué de la section Vaugirard est aussi un membre précieux; et il a un grand talent de parole; et sait traiter les affaires rondement, en riant, et plait même à ceux qu’il met dans le sac. Il a la verve d’un Gaudissart.

Je vous remercie de votre lettre et je suivrai vos conseils, mais je ne crois pas qu’ils aient de l’influence sur Verlet qui est plus enthousiaste que tacticien. Quant à mon père, je crois que vous ferez bien de lui parler de cette façon; cela sera mieux pour vous, pour lui et pour moi.

Vous croyez que le Paul Laurent a une origine toute sentimentale, le sentiment y joue bien un peu, mais il y a autre chose, comme vous le prouvera l’entrefilet suivant publié dans la Libre Pensée.

«Dans notre dernier numéro, nous disions que notre collaborateur Paul Lafargue, ne voulant pas être confondu avec les Lafargues des boutiques Figaro et Paris-faillite s’était senti forcé de s’adjoindre le prénom Laurent. Le sous – plaisantin du Figaro , puriste en français de cuisine, nous fait savoir que la syntaxe ne permet pas l’usage métaphorique du verbe sentir. Le Lafargue en question (Gustave) ne connaitraît-il donc pas un certain personnage se disant: «Vil me sens»? Mais en tout cas le savant Guguste dont toutes les élucubrations sentent le terroir ou il bourgeonne, devrait tacher que ses manières ne sentent le pédant, s’il ne veut que l’on ne sente trop son ignorance.»

La Libre Pensée étant un journal purement littéraire il n’y sera possible de publier les règlements, mais quand le Conseil fédéral réimprimera les statuts, si j’en suis membre, je veillerai attentivement; et ce sera alors plus important.

Amitiés à Williams (Jenny), j’ai communiqué à Prudhomme le secret littéraire. J’ai vu Franckel, il le fait circuler partout dans son enthousiasme.

Amitiés à tous — je vous serre la main

P. Lafargue

Zeugenbeschreibung und Überlieferung

Absender

Briefkontext

Zeugenbeschreibung

Die Originalhandschrift konnte nicht eingesehen werden. Die Transkription erfolgte nach einer schwer lesbaren s/w Fotokopie und ist an vielen Stellen unsicher.

Anmerkungen zum Brief

Zur Datierung: Die Pariser Verband der IAA wurde am 18. April 1870 gegründet (siehe MECW 43 (1988). S. 656 Anm. 644). Da Paul Lafarge vom gestrigen Tag berichtet („Voici la journée d’hier“), ist davon auszugehen, daß der Brief am 19. April geschrieben wurde.

Datierung in der Erstveröffentlichung: 18. April 1870.

 

Zitiervorschlag

Paul Lafargue an Karl Marx in London. Paris, Dienstag, 19. April 1870. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital, hg. v. der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: https://megadigital.bbaw.de/M1722547. Abgerufen am 27.10.2026.

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