| Bruxelles, le 25 avril 1871.

Mon cher citoyen Marx,

Voilà depuis bien longtemps que je me proposais de vous écrire, mais jusqu’ici les événements qui se sont succédé dans mon intérieur m’en ont empêché; je veux parler de mon absence pendant le temps où j’ai été médecin dans l’armée, et plus tard de la mort de ma femme et du bouleversement que cette mort a causé dans ma famille.

Que de choses se sont passées depuis que je vous ai écrit: la guerre et la chute de l’Empire bonapartiste, la proclamation de la République en France, l’emprisonnement des socialistes en Allemagne; enfin la proclamation de la Commune à Paris et l’avènement du prolétariat au gouvernement de la cité! Que va-t-il sortir de tout cela? Un nouvel écrasement des républicains-socialistes, une nouvelle réaction comme après les journées de Juin? … ou bien cette révolution parisienne est-elle le prélude de la grande Révolution sociale universelle?

A propos des ouvriers parisiens, nous venons de prendre ici en Belgique une mesure que nous voudrions voir s’étendre à tous les pays où existent des sections de l’Association internationale: le Conseil fédéral belge de l’Internationale vient de prendre pour la Belgique l’initiative d’une souscription en faveur des corporations parisiennes. Voici l’en-tête que nous avons adopté pour cette souscription:

«Nous ouvrirons une souscription en faveur des corporations parisiennes que la guerre entre la France et l’Allemagne a privées de travail depuis environ un an.

Des appels à la philanthropie ont été faits; des secours ont été trouvés pour les campagnards; mais pour les travailleurs de l’industrie, rien, absolument rien n’a été tenté.

Il appartient donc à nous, travailleurs industriels, de combler cette lacune et de prouver que si les paysans sont dignes de sympathie, les ouvriers parisiens, les plus éprouvés de nos jours, ne le sont pas moins.

Nous croyons utile et juste de rappeler ici que la solidarité internationale n’a jamais été mieux pratiquée que par les membres des corporations parisiennes auxquels on n’a, dans aucune circonstance, vainement fait appel.

| N’oublions pas que les prolétaires parisiens sont partout venus au secours de leurs frères des autres pays, lors des grèves de Genève et de Bâle, des massacres de Seraing et du Borinage, ainsi que de divers chômages industriels dans différentes parties de l’Allemagne.»

Pour affirmer hautement notre solidarité avec les prolétaires parisiens, nous croyons qu’il serait utile que pareille mesure fût adoptée dans tous les pays, et nous proposons au Conseil général de Londres de faire tous ses efforts dans ce sens.

Nous avons lu avec plaisir, dans L'Egalité de Genève, votre réponse au sujet d’une lettre apocryphe qu’on vous a attribuée et qui désavouait le mouvement parisien. Ce factum (la lettre apocryphe) a été publiée ici par tous nos journaux bourgeois avec cet en-tête: «Lettre du Grand chef de l’Internationale», (pourquoi pas tout d’un coup «du grand lama ou du pape infaillible»?). Je dois ajouter que lorsque nous avons lu le susdit factum, nous avons dit tout de suite qu’il était impossible qu’il émanât de vous.

Je vous fais tenir la présente lettre par un de nos bons amis, membre de la section des Ternes de Paris: le citoyen Lavroff, dont un séjour antérieur en Belgique nous a fait apprécier le beau caractère, les hautes connaissances et le grand dévouement à l’Internationale en particulier et au progrès social en général.

Tout à vous,
C. De Paepe.

P. S. Je reste seul comme correspondant du Conseil belge avec le Conseil général de Londres; le citoyen Vandenhouten, non-seulement n’est plus membre du Conseil belge, mais même a été exclu de la section bruxelloise en compagnie du citoyen Croisier, à la suite de leur conduite dans une société de consommation affiliée à l’Internationale «La Fourmi».

| Dr Marx,
Modena villa, Maitland park,
Haverstock hill
London

Zeugenbeschreibung und Überlieferung

Absender

Zeugenbeschreibung

Soweit aus der Fotokopie zu ersehen ist, besteht der Brief aus einem Bogen grauweißem Papier. De Paepe hat die ersten zwei Seiten vollständig beschrieben, die dritte Seite ist leer und die vierte Seite wurde zur Adressierung benutzt. Schreibmaterial: schwarze Tinte.

Papierabriss an der unteren linken Bogenkante. Der Textverlust konnte rekonstruiert werden.

Von Engels’ Hand: Vermerk in schwarzer Tinte oben rechts auf der vierten Seite: „Brüssel 25 April 1871. / C. De Paepe“.

Archivsignatur des Moskauer Marx-Engels-Instituts (IMĖ) auf beiden Bogenseiten mit Bleistift: „Rj 424a–b“.

 

Zitiervorschlag

César De Paepe an Karl Marx in London. Brüssel, Dienstag, 25. April 1871. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital, hg. v. der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: https://megadigital.bbaw.de/M3344137. Abgerufen am 02.10.2026.

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