| 22 Penton
Street
Haymarket.
Mon cher Monsieur,
Je reçois à l’instant votre obligeante missive. Je m’empresse d’y répondre, d’abord pour vous remercier nombre de fois puis, pour vous informer que je quitterai demain la maison que j’occupe Rupert-Street. Là où je vais, je serai mieux et meilleur marché.
Vos peu de mots m’ont donné une lueur d’espoir, l’espérance s’en allait peu à peu de moi, et combien sans elle, on est misérable. A la veille d’une affaire qui décidera de mon avenir se voir délaissé par sa propre famille, c’est a ne pas y croire; | le seul qui aurait pu m’aider (Leibfried) ne l’a point fait malgré mes instances et celles de sa femme, plus une garantie qui l’aurait fait rentrer dans ses fonds plus tard. C’est d’une malcomplaisance impardonnable où la rancune perce, et s’il m’oblige Monsieur ce sera plutôt pour vous être agréable qu’à moi. Cette rancune consiste en ce que, ayant rendu sa femme très malheureuse par suite de sa conduite legère, je n’ai pu m’empêcher de lui dire ma façon de penser à cet égard. Depuis lors, quoique nous nous visitions mutuellement il règne une espèce de froideur entre nous. Que je serais heureux si nous pouvions trouver un solicitor qui veuille bien se charger de cette affaire, ma reconnaissance | lui sera acquise tout en lui payant avec empressement les avances qu’il aurait été obligé de faire.
Les personnes auxquelles j’avais parlé de cette affaire, avant le conseil prudent que vous m’avez donné, toutes unanimement disent que mon affaire est certaine du moment que j’ai un adroit solicitor.
C’est que Monsieur je suis sans fortune, et à mon âge sans santé, il serait difficile de se créer une position, toute modeste qu’elle pourrait être. C’est à cause de tous ces obstacles que je suis réduit à ne point laisser échapper l’occasion qui se présente. Le settlement, puis d’autres papiers, ensuite les contre-preuves que je suis à même | de donner aux allégations de cette femme que je crois timbrée tout cela donnera une facilité sans exemple au solicitor, pour plaider ma cause.
L’Angleterre sera donc dorénavant ma patrie, quelle que soit la rente que m’allouera ma femme (si toutefois elle y est obligée), elle ne sera jamais suffisante pour vivre à Paris où je suis connu et encore moins dans mon pays. Je ne croirai jamais que le divorce ait lieu, j’ai trop de preuves pour anéantir ses mensonges, par conséquent le settlement existera toujours et mes intérêts me diront de rester ici. Je vivrai à l’écart, sauf quelques amis auxquels j’irai de temps à autre serrer la main, surtout à ceux qui m’ont aidé à sortir de cette fâcheuse position.
Recevez Monsieur l’expression de ma gratitude et de ma considération.
Louis CunoZeugenbeschreibung und Überlieferung
Dieser Brief wird hier erstmals veröffentlicht.
Zeugenbeschreibung
Soweit aus der Fotokopie zu ersehen ist, besteht der Brief aus einem Bogen weißem Papier. Prägung: <Krone>. Cuno hat alle vier Seiten vollständig beschrieben. Schreibmaterial: schwarze Tinte.
Von unbekannter Hand: Vermerk oben auf der ersten Seite mit Bleistift: „72 – 74?“.
Zitiervorschlag
Louis Cuno an Karl Marx in London. London, Oktober 1871. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital, hg. v. der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: https://megadigital.bbaw.de/M2826398. Abgerufen am 14.08.2026.