| Genève. rue Pradier 1.
le 17
Avril 1871.–
Cher citoyen Marx!
Je me permets de m’adresser directement à vous, pour vous demander si peut-être vous avez des nouvelles de notre jeune et précieuse amie, Mme Elise Tomanovsky? – Depuis qu’elle m’a écrit quelques lignes, il y a trois semaines de cela, qu’elle avait l’intention d’aller à Paris avec Jung pour quinze jours, – je n’ai plus eu de ses nouvelles, quoique je sais que des lettres de Paris parviennent à leur destination, avec grande irrégularité, il est vrai.– Je vous serais infiniment reconnaissant si vous pouvez me donner quelques renseignements sur le sort de notre amie; je n’ai pas besoin de vous cacher à vous, qui étiez si bon et si plein d’affection pour elle, – que nous craignons beaucoup que son courage et son enthousiasme ne la poussent à sa perte, et cette perte serait à jamais regrettable, … car nous ne sommes que très peu nombreux pour servir un jour la Cause commune en Russie!–
Je n’ose pas trop vous interroger sur les affaires | de Paris … vingt fois j’ai pensé qu’il faudrait que nous y allions tous, et puis je m’arrêtais à des doutes sur le succès définitif, et je me disais que notre Cause internationale perdrait plutôt que de gagner si toutes les têtes étaient rasées d’un seul coup des Vendéens de Thiers et Cie et que, partant de là, notre devoir est plutôt de rester à notre poste, pour continuer l’œuvre entamée.–
Ma conviction profonde a toujours été et l’est encore que la lutte avec l’ordre actuel se videra définitivement par le sang, car je ne crois pas que la bourgeoisie puisse céder légalement et paisiblement, – mais il s’agit pour moi de savoir quel sera le moment opportun de se dire que c’est l’heure de brûler les vaisseaux. Est-ce bien le moment d’aujourd’hui, et faudrait-il en effet que tous ceux qui sont prêts de soutenir leur propagande par les actes et la vie, – aillent maintenant à Paris? – Voilà les questions qui m’agitent et vous me pardonnerez facilement que je vienne, sans en avoir peut-être le droit, à vous avec cette franchise, mais vous voudrez bien considérer que cette franchise | n’est que l’expression fidèle du respect et de confiance illimitée que m’inspirent votre esprit, votre tact politique et votre sincère dévouement de toute la vie à la Cause que nous servons tous et dont le drapeau a été arboré par vous.– Je n’ai pas besoin d’ajouter que cette lettre est toute privée et personnelle de ma part, et je vous serais reconnaissant si j’ai un mot de réponse avant samedi, car je me débarrasserai pour samedi d’un travail pressant, salarié, et je tâcherai d’être libre pour pouvoir, selon les circonstances, partir aussi pour Paris, quoique je ne sache pas trop par quelle voie y passer et à qui s’adresser en y arrivant?–
Recevez, cher citoyen et maître (vous me permettrez de vous appeler ainsi?) l’expression de mon profond respect et de mes sentiments fraternels.
N. Outine.Zeugenbeschreibung und Überlieferung
Zeugenbeschreibung
Soweit aus der Fotokopie zu ersehen ist, besteht der Brief aus einem Bogen weißem Papier. Utin hat die ersten drei Seiten vollständig beschrieben, die vierte Seite ist leer. Schreibmaterial: schwarze Tinte.
Archivsignatur des Moskauer Marx-Engels-Instituts (IMĖ) auf allen beschriebenen Seiten mit Bleistift: „Ro 1a–c“.
Drucke
- D: Erstveröffentlichung: in russischer Übersetzung: Письма деятелей Первого Интернационала в дни Коммуны 1871 года / Pisma dejatelej pervogo internacionala v dni kommuny 1871 goda. Moskau 1933. S. 36/37.
- In der Sprache des Originals wird der Brief hier erstmals veröffentlicht.
Zitiervorschlag
Nikolaj Isaakovič Utin an Karl Marx in London. Genève, Montag, 17. April 1871. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital, hg. v. der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: https://megadigital.bbaw.de/M9663170. Abgerufen am 01.10.2026.