| Genève. Montbrillant 8
le 24
juillet 1870.
au Conseil Général. —
Cher
citoyen,
Notre long silence a dû beaucoup vous étonner et vous avez eu plein droit d’être mécontent de nous. Avant donc de commencer le sujet de cette lettre nous venons plaider les circonstances atténuantes de notre silence, si toutefois notre ami J. Ph. Becker ne vous en a pas encore écrit, comme nous l’avons prié.
Depuis le Congrès de la Chaudefonts et jusqu’à ce jour nous avons dû être constamment à la brèche pour lutter contre les ennemis de deux camps: de celui des patrons & de celui de la Solidarité (Bakounine, Guillaume, Brosset, Perron & Cie). Le parti de la Solidarité ne s’est arrêté devant rien pour accomplir la tâche qui est d’ammener à tout prix la division entre les sections du Bâtiment et celles de la Fabrique; ces messieurs n’ont pas ralenti leurs menées même devant & pendant le danger commun — pendant les grèves qui, en commençant par la grève des Tuiliers au commencement d'Avril durent jusqu’aujourd’hui. Ces messieurs ont cherché à détacher quelques sections de la Fédération genèvoise, pour pouvoir ensuite se glorifier de ce que leurs principes ont triomphé à Genève et que, partant de là, ayant quelques sections à Genève, leur Fédération est la seule & véritable Fédération Romande. Il serait certes assez difficile d’attraper ces hommes en flagrant délit, de préciser & de prouver leurs faits & gestes, mais nous, qui sommes à Genève & qui devons constamment lutter avec leurs menées — nous ne savons que trop qu’il ne s’agissait dans ce dernier temps, dans ces derniers mois, de rien moins que d’arriver à la dislocation de l’Internationale à Genève, et ce louable but a été poursuivi avec la même énergie par la Solidarité et par les patrons. Du reste, sans parler des intrigues de Robin, agent subalterne de Bakounine, à Paris, des intrigues dirigées contre Le Conceil Général, ainsi que contre toutes les sections qui marchent d’accord avec le Conceil Général, — il suffit de parcourir la Solidarité pour voir dans chaque | numéro les attaques et les insinuations contre la Fédération genèvoise — les insinuations fausses & jésuitiques.
Or, pendant tout ce temps, il fallait qu’un d’entre nous (N. Outine) soit du matin au soir au Temple Unique pour assister dans toutes les Commissions, à toutes les entrevues avec les patrons & les intermédiaires, rédiger toutes les proclamations & affiches, prendre part aux débats des Assemblées générales qui ont eu lieu tous les soirs, et enfin rédiger l’Égalité et les Bulletins, car depuis 3 mois et demi[e] Outine seul a dû écrire tous les articles de l’Égalité, & remplir régulièrement toutes les 4 pages, et cette tâche lui est imposée encore pour un temps indéfini jusqu’à ce qu’il se trouve quelqu’un pour le remplacer ou au moins pour lui aider. Naturellement nous avons crû de notre devoir d’aider à Outine autant que possible dans son service aux sections genèvoises, à la prospérité de l’Internationale à Genève et nous sommes certains que votre ami Becker nous approuve dans notre conduite. En même temps, nous n’avons pas pû négliger complètement l’apparition de la Cause du Peuple & nous avons dû consacrer beaucoup de temps à l’établissement solide des voies de communication pour que notre propagande penètre en Russie — ce qui est un fait aquis à présent.
Tout ceci, citoyens, est dit pour vous montrer, que réellement ce n’est ni mauvaise volonté, ni négligence, mais un manque absolu de temps, au milieu de toutes les péripéties de la lutte, qui nous a forcé à garder envers vous un si long silence. —
Et ceci n’est pas tout
encore. Aux intrigues internationals se joignent les intrigues russes. Nous avons très bien prévu que la
création de la Section Russe va susciter des stupides jalousies et des infâmes
calomnies, mais nous n’avons pas cru en effet que nos grands révolutionnaires
pousseraient leur bassesse jusqu’au point où ils en sont venus: procédant comme
toujours par des menées occultes, lançant des calomnies par ici,
espionnant et introduisant ses quelques adeptes par là, Bakounine, Netschaeff &
Cie ont introduit aussi chez nous un de leurs
jeunes agents. Certainement, dans notre situation, nous sommes involontairement
sujets à des erreurs; | malgré toutes les précautions possibles, et
déjà on elève contre nous des reproches parceque nous ne voulons pas admettre
dans la Section Russe le premier venu. — Or, il y a eu un jeune homme Woldemar Serebrenikoff
Siehe Fußnote unten.
Schließen
1)
, qui
est venu en hiver à Genève de Russie et qui nous a demandé une sorte de protection contre Nétchaeff & Bakounine; il nous a
montré des lettres où on le menaçait de mort et il ne se joignait pas à cette
bande, et nous avons dû le surveiller pour qu’il ne
soit pas victime d’un guet-à-pens. Des lettres de Petersbourg qui lui étaient
adressées & qu’il(?) nous
montrait(?), racontaient les
faits & gestes de la bande; nos amis à nous ont fait connaissance des amis
de Sérébrénikoff et ont constaté, que, quoique très jeunes, très ignorants &
inexpérimentés, quoique ne comprenent rien encore aux questions sociales et croyant que la seule
jeunesse universitaire, sans participation du peuple, pourrait changer
le monde, — néanmoins ces jeunes gens étaient déjà parvenus à comprendre que
rien ne peut se faire sans une organisation préalable et nous avions l’espoir de
leur faire comprendre que leur seule tâche efficace devrait consister à répandre
la propagande socialiste-révolutionnaire parmi les travailleurs; en tout cas ces
jeunes gens nous donnaient des assurances qu’ils n’avaient rien de commun avec les actes de Bakounine & Nétchaeff, qui, aussi
selon eux, ont gravement compromis la cause révolutionnaire en Russie pour
quelque temps. Quels motifs ont guidé la conduite de W. Sérébrennikoff — a-t-il
toujours été ami et collaborateur de Nétchaeff, a-t-il changé plus tard et
s’est-il tourné vers Nétchaeff par suite du terrorisme
de Nétchaeff (le jeune homme en avait grande peur) ou a-t-il voulu maîtriser à lui seul Nétchaeff, — nous ne saurions pour
le moment nous prononcer pour une de ces suppositions. Il nous est difficile
d’admettre que W. Serebrenikoff n’était pas sincère avec nous au commencement de
nos rapports: il nous a dévoilé quelques secrets (mystères de polichinelle) de
Nétchaeff-Bakounine, que ces messieurs lui communiquaient pour l’attirer chez
eux, et s’il était le véritable partisan de Nétchaeff il ne nous aurait pas
raconté des choses compro|mettantes pour eux. Nous pouvons donc
supposer, que W. Serebrennikoff s’est lié avec Nétchaeff par ambition de pouvoir diriger (!!) les affaires
Ruesses. á eux deux. Car l’ambition est énorme chez ces
jeunes gens, et chacun d’eux voudrait devenir un petit Schweizer. Il paraît même
que ce dernier temps, ces deux hommes — Netchaeff et Serebrenikoff se sont
brouillés positivement avec Bakounine: ils le grondent & critiquent
maintenant, et lui de son côté il essaye de nier sa complicité divertrice dans
leurs déplorables affaires. Vous voyez, cher citoyen, qu’il est vraiment
difficile de vous faire connaître tout cet embrouillement, qui n’a été créé que
par la mauvaise foi, la malhonnêteté de tous ces hommes.
Pour eux tous, il ne s’agit guère de l’affranchissement social & politique
des peuples: le vieux — dans son amour-propre frivole — se jettera toujours dans
toutes les combinaisons où il
comptera(?) jouer
le rôle évident d’un dictateur, et par conséquent, il intriguera et conspirera
toujours non pas contre les véritables ennemis du peuple. — mais contre tous
ceux qui ont osé faire quelque chose sans lui, qui ont osé créer
(?)
quelque institution, quelque organe — dans l’intérêt du peuple, — mais où lui,
Bakounine ne pourra pas figurer, — c’est pour cela qu’il en veut au Conseil
général, à la fédération romande, à la Section russe & à la Cause du peuple: rien ne lui
est cher que son ambition et tout doit être sacrifié à cette ambition, tous les
moyens lui sont bons. Maintenant il a rompu avec Netchaeff & Cie, comme il rompt(?)
toujours avec tout le monde quand il ne peut pas réussir, comme il a rompu avec
la Ligue de la Paix qu’il patronnait avant
de toutes ses forces, mais qu’il a commencé à injurier dès qu’il a vu qu’elle
subissait un échec, … il a vu que Netchaeff & Cie
ont subi l’échec mortel en Russie, que leur cause est jugée par les esprits
révolutionnaires et vous verrez bientôt qu’il voudra nier toute sa
participation, malgré qu’il en été le principal chef! mais les documents sont
là, et nous sommes décidés à démasquer publiquement Bakounine pour ne pas le
laisser de nouveau entreprendre quelque nouvelle intrigue et il a bien raison de
nous détester et de nous |calomnier parceque 1° c’est nous qui les
premiers avions prononcé notre jugement sur Netchaeff & Bakounine (comme
l’auteur
des lettres
russes dans la
Volksstaat a très bien relevé) et avions ainsi collaborer à son
impopularité; 2° parce qu’il sait que nous allons le démasquer maintenant. En
résumant plus bas notre accusation contre Bakounine, nous voulons ici terminer
l’affaire de Serebrenikoff & Netchaeff. — Ce dernier ne comprend absolument
rien à toutes les question révolutionnaires et le Volksstaat a eu bien raison de
dire qu’il n’a été qu’un Strohmann dirigé par Bakounine.
Quant à Serebrenikoff, — c’est un garçon intelligent, mais corrompu jusqu’au dernier degré. Son mécontentement contre nous peut
provenir de ce que nous n’avons pas voulu nous prêter, ni nous, ni nos
amis en Russie, à des mesquines conspirations des étudiants: il a voulu nous
convaincre que toute propagande est inutile, qu’il ne
faut point de journaux socialistes, qu’il ne faut pas songer à porter la
propagande dans le peuple etc. en un mot toutes les vieilles choses que toute
sorte de Studentenburschenschaft ont préché, se croyant les seuls sauveurs du
monde. — Ajoutez à cela que nous n’avons jamais voulu nous prêter à tromper les hommes, à les attirer à nous par des mensonges, et à les terroriser par tous les moyens, tels que assassinat, dénonciation etc
— les moyens, dont s’est servi Netchaeff et dont s’est permis de servir
Serebrenikoff envers une personne, qu’il menaçait même de mort, parcequ’elle
nous a renseigné sur ses rapports intimes avec Netchaeff. Voyant ainsi que nous
n’étions pas leurs hommes, Serebrenikoff a parû se
rendre à nos idées, a parû enfin comprendre l’impotance de notre ferme
résolution d’implanter le drapeau de l’Internationale en Russie & dans les pays Slaves, —
importance qu’il niait longtemps, comme la(?)
nient aussi bon nombre de jeunes gens russes se trouvant à Zürich et dans les
Universités allemandes: c’est un triste effet de leur ignorance et, si vous
aviez un moment libre pour parcourir notre journal vous auriez pu voir que nous
avons à lutter |contre cette ignorance qui se pare du nom de scepticisme & même de réalisme, c’est-à-dire que ces jeunes étudiants se
permettent de nous reprocher, qu’en nous occupant de l’Internationale, nous ne
nous occupons pas d’une chose réélle!! —
Voyant dans ce dernier
temps, que nous étions fermes dans notre propagande & qu’elle attire
l’attention des russes, les deux fractions du camp des Russophiles sauvages! (si nous osons les appeler ainsi, attendu que et
des jeunes gens et le vieux Bakounine croient que leur
Russie est plus avancée & plus mûre pour la Révolution sociale, et se permettent de traiter tous les
révolutionnaires occidentaux de bourgeois & réactionnaires, qui ne comprennent pas les vrais
moyens révolutionnaires! il est vrai que les occidentaux, les maudits allemands n’ont
jamais admis, et nous sommes de leur nombre(?), — ni espionnage, ni escroquerie comme moyens
révolutionnaires!): fraction Netchaeff-Serebrenikoff et
fraction Bakounine & Cie ont entrepris en même temps une campagne en règle contre la Section Russe: ils ont voulu profiter de
ce que nous étions tout ce temps — ci vivement préoccupés par les évenements de
Genève pour faire sauter en l’air la Section Russe avec
ses statuts & son programme, & pour la remplacer par une autre; dans ce
but, W. Serebrenikoff a fait venir 2 jeunes étudiants russes de Zürich, ils ont
tenu leurs consiliabules avec
Netschaeff
et ils ont réclamé de nous le droit d’admettre dans la Section tout le monde
selon leur propre appréciation. Nous leur avons répondu, qu’étant honorés de la
confiance du Conseil général, nous devions sauvegarder les intérêts de l’Association et ne pas laisser s’y introduire tous
les individus sans distiction, et que nous devrions être d’autant plus
circonspects envers les hommes qui ne sont pas travailleurs; qu’en outre, | en constituant ici la Section Russe, notre but était devoir un bureau ouvert, un trait-d’union de l’Association avec la
Branche Russe, qui est destinée à agir en Russie, et non pas ici, et que par conséquent il ne
s’agissait pas d’avoir ici la quantité, mais la qualité. Ils nous ont avoué
ensuite qu’on cherchait à introduire dans la Section et Netschaeff & Bakounine — voilà la grande affaire: nos prévisions ne
s’étaient pas trompée: baffoué en Russie, le vieux dindon a voulu escamoter
notre belle création et régner de nouveau sur les faibles esprits russophiles!
Nous aurions considéré comme une lâcheté de notre part, si nous ne savions pas
préserver la Section Russe de l’immixtion de ces aventuriers. — Voulant ainsi
s’accaparer de la Section Russe, ces aventuriers ne se sont pas gênés plus tard
de déclarer qu’ils avouent(?) eu
l’intention de nous expulser par la majorité des
membres. qu’ils auraient admis: même procédé d’une
majorité factice comme au Congrès de la Chaudefonds! et ils sont allés plus
loin: ils nous ont exigé que nous leur donnions et notre Imprimerie et notre
organe La Cause du Peuple, pour
pouvoir le rendre dans des mains plus habiles & plus
capables de diriger un journal révolutionnaire; or,
nous savons ce que c’est des mains capables: vous avez vu le
nouveau
Колоколъ
qui a été rédigé par Bakounine et Netchaeff, vous
avez vu qu’ils ont essayé du constitutionalisme & du pêle-mêle politique de tous les partis, en nous insultant pour vouloir
propager certains principes socialistes, et cela après avoir publié les
brochures soit-disant imprimées en Russie, où ils prechèrent que le seul vrai type du révolutionnaire — c’est le brigand des
grandes routes en Russie. Siehe Fußnote unten.
Schließen
2)
Ayant subi notre refus
sur toute la ligne, et voyant ainsi avortée leur campagne, ces messieurs nous
ont | écrit des lettres où ils nous traitent de bourgeois qui reconnaissent la propriété
c’est a dire qui ne veulent pas leur faire cadeau ni de
l’Imprimerie, qui a été établie par nos longs & persévérants efforts, ni du
Journal la Cause du Peuple, où depuis 2 ans nous sommes
seuls qui écrivons, qui composons & qui le faisons parvenir en Russie; et
dans leur rage, ils ont fini par nous écrire que nous
n’avons qu’à rester dans les antichambres de Marx et de
Becker
! — Vous voyez d’où part
ce coup: M. Bakounine s’efforçait de propager que vous, cher citoyen, vous étiez
ennemi-né de la Russie, & que nous sommes vendus aux
allemands! tout comme après la Congrès de Bruxelles, il a écrit à G. Vogt que l’indigne vote sur la dissolution de la Ligue de la Paix a été dicté par une coterie connue,
c’est-a-dire par vous et vos amis
qui, selon lui, selon son très spirituel entendement ont
voté la dissolution de la Ligue de la Paix, parceque Bakounine s’y trouvait,
& parceque vous le detestez comme Russe!!!?
Veuillez nous excuser tous ces détails, mais ceci est un préambule nécessaire pour toutes les explications postérieures: nous avons dû vous en avertir, parcequ’il est très probable qu’une polémique va s’engager dans la presse. Nous n’avons jamais voulu laver ce linge sale en public, mais nous croyons que le moment est grandement venu de publier une brochure sur Bakounine, Netchaeff & Cie — tel est aussi l’avis de Becker, et nous croyons que ce sera le seul et bon moyen de débarasser l’Association Internationale de ces éternelles menées et cancans! C’est aussi cette intention de publier une brochure analysant des faits & gestes qui nous a arrêtés un peu dans l’envoi de notre accusation à vous, car il faudrait faire un travail double, et le travail n’est pas facile, parcequ’il faut | traduire textuellement toutes ces élucabrations rhétoriques, pour qu’il ne puisse pas se servir plus tard de son argumentation usée qu’il n’a pas été compris; en effet il est difficile de comprendre un pareil aventurier sans foi ni loi. — Nous voudrions bien dans notre brochure expliquer aussi sa conduite en 48, car en Russie c’est sur sa conduite en 48 qu’il base sa popularité, & même les hommes comme Guillaume, Robin, & toute leur sainte alliance le vantent toujours pour le 48. Si vous aviez quelques matériaux pour ceci, nous vous serions très reconnaissants. Nous nous permettons aussi de vous prier de remercier, au nom de nous tous, l’auteur des lettres contre Netchaeff dans le Volksstaat; si nous ne nous trompons ce le doit être le citoyen Borkheim, et nous aimons qu’il sache que nous sommes tout prêts à intervenir dans le débat et d’appuyer ses caractéristiques de ces hommes: il a rendu un grand service à la cause russe, en les démasquant. — Ainsi donc, nous nous proposons de formuler brièvement nos accusations contre Bakounine et de vous les envoyer dans la semaine, quoique nous craignons qu’il vous sera difficile de juger de la véracité de nos assertions, sans avoir lu les textes & les documents à l’appui, ce que nous réservons pour la brochure, mais ce que nous sommes aussi prêts à vous envoyer.
Cette lettre est décousue et sans ordre, mais vous le pardonnerez bien; nous avons profité du premier moment libre pour vous communiquer tout ces détails & nous nous empressons de vous les envoyer parce que nous avons reçu l’avis que Netchaeff & Serebrenikoff se trouvent à Londres: Netchaeff probablement et sûrement sous un autre nom; mais Serebrenikoff a emporté une de nos cartes d’admission qui lui a été livrée par fraude, c’est-a-dire qu’il nous a demandé des cartes pour des faux-noms; en même temps il pourrait demander au citoyen Jung s’il a une récommendation pour Voldemar Frois; | or, cette récommendation donnée en hiver n’est guère valable maintenant & nous prions le citoyen Jung de considérer ce jeune homme comme imposteur; nous n’avons encore personne envoyé chez vous et nous croyons qu’il sera nécessaire, un peu plus tard, mais avant le Congrès que quelqu’un de nous se rende personnellement à Londres pour vous exposer toute la situation; car l’affaire est très grave: l’Association Internationale peut faire des progrès énormes en Russie au bout de quelques années certainement, & nous en somme certaine, mais malheur à notre grande cause, si elle se laisserait exploiter par des mains impures des ignorants sauvages ou des savants charlatans: ces hommes pourraient arrêter pour des années entières tout développement de l’Association en Russie! — Nous faisons observer que W. Serebrenikoff a reçu à Paris une recommandation pour le citoyen Dupont ; c’est probablement Robin ou quelques uns de ses amis qui lui a donné cette recommandation; nous nous empressions de vous en avertir, car les individus comme Robin sont prêts à envoyer qui que ce soit pour espionner le Conseil général, contre lequel ils préparent une campagne au Congrès, que nous saurons déjouer. W. Serebrenikoff est un jeune aventurier qui parlera avec chacun dans le sens que chacun voudra & qui est assez habile pour mentir de l’aube à l’étoile sans jamais rougir ni se troubler: c’est un produit de notre belle civilisation russe, c’est une justification du proverbe malheureusement vrai: «giuttez le russe et vous trouverez le tartare!» –
Pardonnez encore une foi, tous ces détails; nous aurions désiré vous donner d’autres nouvelles plus réjouissantes et nous ne tarderons pas à le faire. — Nous attendrons votre avis et nous vous demanderons un peu plus tard votre conseil pour savoir si nous avons raison d’être circonspects et de limiter ici, en Europe, la Section Russe par les hommes et les femmes bien connus. Nous vous enverrons sous peu de jours Le Manifeste de notre Section aux Slaves,
Salut et fraternité, —
N. Outine — Victor Barteneff (Nietoff) Antoine Troussoff./ P. S. Les évenements de Genève ont aussi arrêté jusqu’à présent le jugement de Bakounine dans la Section Centrale: il sera jugé avec ses quelques consorts le samedi en 15 et l’avis de la majorité des membres de la Section Centrale est de demander son expulsion pour avoir semé la division à Genève.
N. O./- 1) Ne pas confondre avec Semen Serebrenikoff qui a été emprisonner à Genève.
- 2) Devrions-nous vous envoyer ces brochures? —
Zeugenbeschreibung und Überlieferung
Zeugenbeschreibung
Soweit aus der Fotokopie zu ersehen ist, besteht der Brief aus fünf Blatt weißem Papier. Utin hat alle zehn Seiten vollständig beschrieben. Schreibmaterial: schwarze Tinte.
Das Postscriptum steht auf der letzten Seite am linken Rand quer geschrieben.
Von unbekannter Hand: jeweils mehrfache Nummerierungen am oberen Rand der Seiten.
Zitiervorschlag
Nikolaj Isaakovič Utin, Viktor Ivanovič Bartenev und Anton Danilovič Trusov an Karl Marx in London. Genf, Sonntag, 24. Juli 1870. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital, hg. v. der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: https://megadigital.bbaw.de/M9026776. Abgerufen am 25.09.2026.