| My dear steam-Engeen,

On a dû vous faire savoir dans quelle pétaudière nous vivions ici. La délégation venue en ballon est en entière contradiction avec la délégation venue en chemin de fer via Versailles: questions de transports! – Un des Jules du gouvernement de Paris a été ici accaparé par la réaction qui l’enferme à double clef et lui donne toute espèce de condiments pour lui pousser quelque chaleur au cœur; après bien des hésitations le Jules Simon s’est decidé à sortir du fourreau son fameux décret. Léon(?) de faire saisir les journaux; pendant un moment on avait parlé d’arrêter Jules lui-même; mais au moment venu, le cœur a manqué au Grandbêta; qui s’est contenté d’envoyer à Paris le vieux Bizoin, pour raconter aux gens de là-bas de quoi il en retournait ici. Depuis l’armistice, une foule d’agitateurs venus on ne sait d’où et arrivés on ne sait comment envahissent la place de Bordeaux à la grande douleur des orateurs du cru, qui voient leur gloires s’éclipser devant celle des nouveaux venus; en gens bien élevés que ces derniers sont, ils se mettent pour apaiser leur colère à | prétendre que tous ces inconnus sont des agents bonapartistes envoyés à Bordeaux pour semer la discorde et pousser l’honnête population à la guerre civile. Qu’il y ait des bonapartistes déguisés en démagogues, je n’en doute pas, un d’eux a été exécuté en pleine réunion par le petit Delboy; Bonaparte serait capable de vouloir jouer le coup de 1828; mais pour généraliser ainsi, il faut être un radical bordelais tout étonné et ennuyé de se trouver réactionnaire en présence de ces agitateurs. Il y en a un qui est un fameux homme, c’est un Anglais du nom de Milleton, aide de camp de Garibaldi, et envoyé en mission par le vieux général: il parle français admirablement et possède un magnifique talent d’orateur et de tribun: il peut parler à pied ou à cheval, car je l’ai vu haranguer la foule du haut des épaules des voisins sur lesquelles il était monté. C’est surtout grâce à lui que la population bordelaise s’est un peu remuée pour demander la continuation de la guerre et la suspension des élections. Gambetta à son arrivée à Tours ne se plaisait à rien de plus qu’à se faire décerner des ovations populaires, à tout moment il speechait la foule sur ceci sur cela; mais | aujourd’hui que le mouvement même à Bordeaux pourrait devenir sérieux s’il voulait se prononcer énergiquement, rien ne l’embête plus; mercredi dernier la foule a été le chercher à trois endroits différents; hier dimanche il ne voulait pas recevoir la députation envoyée par la foule: alors Milleton toujours en tête, a apparu à un balcon, juste en face de celui de Gambetta et de là a harangué la foule; après lui un autre inconnu est arrivé et a dit que le peuple devait forcer Gambetta à sortir de son dédaigneux silence; la foule acclama ces paroles. Gambetta reçut la députation et donna par écrit une réponse évasive. Mais le soir il faisait fermer les réunions et dissoudre la foule par les gardes nationaux.

Heureusement que Bordeaux est une des villes les plus réactionnaires; à Marseille le préfet lui-meme, le fameux Gent, que l’on nomme aujourd’hui Esquiros II, a demandé à ce qu’il n’y eût pas d’élections. Probablement qu’il y aura des villes qui ne voteront pas. A Bordeaux des délégués de plus de 17 départements se sont prononcés énergiquement contre le vote: le comité de propagande républicaine de Bordeaux, lui, s’est prononcé pour le vote; il est vrai qu’il est inféodé à la préfecture dont il reçoit les ordres; je ne dois pas en dire trop de mal, car moi-même j’en fais partie.

| Ranc est désespéré, il voulait donner sa démission; je crois qu’à mesure que les circonstances deviennent plus critiques, son influence baisse. Laurier, un des féaux de Gambetta, le traite de démagogue: et cependant sans Ranc et Steenackers, Gambetta n’aurait pu rien faire. Car Ranc écartait par sa police tout obstacle de sa route, l’autre supprimait toutes les dépêches qu’il n’était pas important de faire connaître aux autres trois de la délégation.

Que va-t-il arriver? De l’ensemble des faits, des opinions et des courants, je crois que la nation sera bien désappointée si l’Assemblée ne continue la guerre: la chute de Paris semble avoir produit une nouvelle ardeur. Tout ce qui est franchement républicain comprend que la paix serait la mort de la République. Mais que pensent les campagnes? Nescio –

Vous avez vu les trois manifestations de l’Internationale de Bordeaux. Quel malheur que nous n’ayons ici 4 ou 6 sections et mille membres! – Qu’est-ce donc que cette affaire avec Otway que vous avez fait président, à ce que dit le Télégraphe?

Marc-Laurent toujours le Silencieux, boit, dort et pisse d’une façon enviable. Laura va bien, elle serait rétablie si elle ne s’était fourré dans la tête de vouloir nourrir; par bonheur que le Cocobel-œil (il a des yeux superbes) tète aussi du lait de vache, autrement elle ne pourrait tenir, car c’est un dévorant. L’illustre Schnaps est gaillard et gras comme quatre.

Amitiés à tous. Je vous serre la main.
Toole Ier.

/ Avez-vous reçu les 2 photographies de Schnaps? J’ai oublié de vous parler de votre dernière lettre, j’ai pris bonne note de tout ce qu’elle contenait et suivrai vos conseils. /

Zeugenbeschreibung und Überlieferung

Absender

Zeugenbeschreibung

Soweit aus der Fotokopie zu ersehen ist, besteht der Brief aus einem Bogen weißem Papier. Lafargue hat alle vier Seiten vollständig beschrieben. Schreibmaterial: schwarze Tinte.

Das Postskriptum („Avez-vous ... vos conseils.“) ist oben auf der ersten Seite notiert.

Von unbekannter Hand: Nummerierung auf der ersten Seite: „J 134“ (Bleistift).

Anmerkungen zum Brief

Datierung in der Erstveröffentlichung: 4. Februar 1871.

Zur Datierung: Lafargue erwähnt seinen neugeborenen Sohn Marc-Laurent, der am 31. Januar 1871 geboren wurde (siehe Registre des actes de naissance de Bordeaux, section 1, 1871), sowie die zwei an Marx gesandten Fotografien von Charles-Étienne Lafargue, deren Erhalt Marx in seinem Brief vom 4. Februar bestätigt. Der vorliegende Brief scheint sich somit mit dem Brief von Marx überkreuzt zu haben und da Lafargue ihn an einem Montag schreibt, da er im Brief „hier dimanche“ erwähnt, kann als Schreibdatum Montag, der 6. Februar 1871 angenommen werden.

 

Zitiervorschlag

Paul Lafargue an Karl Marx in London. Bordeaux, Montag, 6. Februar 1871. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital, hg. v. der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: https://megadigital.bbaw.de/M2252261. Abgerufen am 01.10.2026.

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