| Liège 20 Janvier 1871

Mon cher Engels

Tu dois trouver que je suis un fameux sacripant et tous les Membres du Conseil doivent, à tout le moins, me considerer comme un rude fainéant.

Hélas! que n’avez-vous raison?

Drôle de souhait, diras-tu. – Eh bien je t’assure que si tu étais dans ma peau tu ferais absolument le de même. Et en effet, je vois qu’il vaut mieux être un fainéant modèle et même un aimable sacripant que de se voir brisé, mordu, anéanti, réduit à presque rien par la maladie – et ça été mon cas.

Te souviens-tu de la lettre que tu m’écrivais le 8 Décembre dernier – quand je dis que tu m’écrivais, entendons-nous, Nicht überlieferter Brief von Engels an Alfred Herman, geschrieben am 30. November 1870.
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je la recevais le 8 décembre mais elle était datée du 30 Novembre
.

En la recevant mon premier soin fut de prévenir les Chaudronniers du Bruxelles. – Je voulais te répondre immédiatement. – Un soir j’écrivais à Wolffers et je lui disais: Demain je vais répondre à Engels. –

Le lendemain j’étais au lit. –

Vers la fin du mois de Décembre sans être complètement remis – je me trouvais un peu mieux – mais le Docteur me défendait encore de sortir. – Je voulus le faire quand même afin de me rendre au Congrès de Bruxelles. – J’y fus en effet et je pus prendre part à la dernière séance, mais cela entraîna une rechute violente. – Je pris le train, le soir, | mais j’éprouvais des frissons continus. Je toussai à faire croire que toute ma poitrine allait se déchirer et quand je rentrai chez moi, j’avais une fièvre épouvantable. – Le lendemain je recommençai à cracher le sang plus fort que jamais et je fus de nouveau cloué.

Impossible même d’écrire – c’est à cause de cela que je n’ai pas continué mes correspondances liégeoises dans la Liberté et que les Cahiers du travail annoncés depuis le 1r Décembre n’ont pas encore reparu. –

Aujourd’hui je suis, ce qu’on appelle convalescent, mais, s’il faut te l’avouer je n’ai pas grande confiance dans ma guérison.–

Je suis soumis à un régime abbrutissant abrutissant.

  • 1° Défense de prende la parole dans les réunions publiques ou privées.–
  • 2° Défense de fumer.–
  • 3° Défense de lire ou d’écrire à la lumière.–
  • 4° Défense de boire n’importe quel alcool.–
  • 5° Défense de veiller plus tard que 10 heures.–
  • 6° Défense d’étudier – ou du moins d’occuper trop sérieusement – ma pensée– etc. etc. etc.

Puis naturellement après les défenses, les ordres –

  • 1° Ordre d’occuper mon corps très activement. –
  • 2° Ordre de faire peu à peu, et au fur et à mesure que les forces me reviennent des courses à pied. –
  • 3° Ordre de manger des viandes saignantes. –
  • 4° Ordre de quitter la Belgique et d’aller dans une autre patrie chercher sinon le bonheur, au moins la santé.

| Ce petit tableau de mes grandes misères te dira immédiatement comment il m’a été impossible de m’occuper des affaires de l’Internationale et j’espère que le Conseil voudra bien m’excuser. En tout cas je te charge d’être mon advocate auprès de lui.

Quoique je sois loin d’être guéri – j’ai cependant repris mes travaux d’atelier et je tâcherai désormais de ne plus négliger ma correspondance. –

Mais cependant, il est deux choses que je suis bien obligé de te dire. –

La 1re concerne les cinquante francs que tu m’as prêtés – et que je ne puis encore te rendre à présent. – Tu comprends que ma maladie ne m’a pas fait gagner énormément d’argent. Je me suis au contraire endetté et je suis, pour le quart d’heure assez gêné dans mes affaires. Mes parents ont dû faire de grandes avances pour moi et je suis assez embarrassé pour leur demander de l’argent maintenant.–

Néanmoins si cela te gêne le moins du monde d’attendre encore quelque temps le remboursement de ce que je te dois, fais le moi savoir – mes parents ne refuseront certainement pas de m’avancer cette somme. Quant à moi, il n’y a rien au monde qui me peine comme cette pensée, que l’on peut me soupçonner d’indélicatesse et je suis | plus au regret de ne pas t’avoir pu parler de cela plus tôt, que je ne le suis de tout ce que je souffre ici.

La seconde chose dont je veux t’entretenir est celle de mon retour à Londres.

Mon Docteur m’ordonne de quitter la Belgique au plus tôt. – Il prétend qu’un changement de climat pourra seul opérer une amélioration sensible dans ma condition.

Allez n’importe où, m’a-t-il dit, mais allez-vous en – Et que ce soit le plus tôt possible.–

Or il me serait impossible de retourner à Londres pour y vivre comme j’y ai vécu l’année dernière. –

Non seulement je n’ai plus le sou, mais je suis endetté. –

Ma mère fera bien un sacrifice pour moi et je puis compter qu’elle m’avancera l’argent nécessaire pour mon voyage, mes frais d’installation et la dépense nécessaire pour une quinzaine de jours –, mais elle ne pourrait faire plus pour moi. –

Il faudrait donc que je trouve de l’ouvrage en arrivant.

Eh bien, pourrais-tu me rendre le service de t’informer chez Jakson, si les travaux n’ont pas encore repris – | et connaître approximativement l’époque où je pourrai trouver à m’occuper.

Le Moussu qui est bien négligent à mon égard – m’avait promis de s’informer chez Mr Boekbender – mais il ne m’a jamais écrit un traitre mot.

Ne pourrais-tu l’éperonner un peu. –

J’attends une réponse à ces questions avec une impatience féroce. – Tu sais ce que c’est qu’un désir de malade. – Surtout quand de la réalisation de son désir, il attend la santé. –

Un mot maintenant de l’affaire des Chaudronniers à laquelle je n’ai rien compris.–

J’ai telégraphié à Glasgow, alors que j’étais à Londres – et ce sont les ouvriers chaudronniers eux-mêmes qui m’ont répondu qu’il manquait des ouvriers et qu’on pourrait en envoyer.–

J’ai, après cela, telégraphié à Bruxelles qu’on pourrait envoyer des chaudronniers à Glasgow. – Il en est parti trois – puis ce fut tout.

Quand j’ai écrit cette fois-ci, il y en avait 4 ou 5 au plus qui étaient partis ou allaient partir. – C’est absolument tout ce qu’il y a eu. – | Maintenant, tu comprends que je n’ai guère été à peine de m’occuper sérieusement des affaires de l’Internationale. –

J’ai même déjà écrit aujourd’hui de ne faire plus que je n’aurais du faire. –

Et je suis bien forcé de reconnaître que le docteur a raison, puisque ma main tient ma plume avec peine, que je ne sais presque plus la diriger et que pour cette simple lettre je commence à éprouver un mal de tête très violent. –

Je finis donc et tâcherai d’être désormais plus exact.

Salut et fraternité

Alfred Herman.
57. Mont St Martin. 57
à Liège

P.S. Explique ma paresse à Marx et aux amis du Conseil.

tout à toi
A. H.

Zeugenbeschreibung und Überlieferung

Absender

Zeugenbeschreibung

Soweit aus der Fotokopie zu ersehen ist, besteht der Brief aus einem Blatt und einem Bogen weißem Papier. Herman hat alle sechs Seiten vollständig beschrieben. Schreibmaterial: schwarze Tinte (ausgeblichen).

Von unbekannter Hand: Nummerierung des Briefes oben auf der ersten Seite „343“ sowie der Blatt- bzw. Bogenseiten „246,179–182“ mit Bleistift.

Anmerkungen zum Brief

Datierung in D: 20. Januar 1872.

 

Zitiervorschlag

Alfred Herman an Friedrich Engels in London. Lüttich, Freitag, 20. Januar 1871. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital, hg. v. der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: https://megadigital.bbaw.de/M9531486. Abgerufen am 12.09.2026.

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