| Mon cher Mr Marx,

J’ai pris bonne note de  Siehe Karl Marx an Paul Lafargue, 19.1.1870.
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votre lettre
et je vous prierai de me faire parvenir tous les détails possibles sur Bakounine et ses agissements.

Bakounine est excessivement actif malgré ses formes éléphantiennes et devance presque toujours ses adversaires. Mais son grand art est celui de capter la bienveillance des gens avec qui il a vecu(?) pendant quelques jours. J’ai causé avec plusieurs personnes et j’ai taché de savoir leur opinion sur lui, sans leur dire la mienne; et j’ai vu malheureusement que toutes lui etaient favorables. L’attaquer ouvertement est impossible, voici pourquoi; c’est que pour tous ceux qui le connaissent il réprésente les idées radicales tandis que ses adversaires suisses sont des reacts; et la dernière scène qui s’est jouée au congrès Romand, racontée dans la Solidarité journal Bakounien qui est distribué en ce moment parlant à Paris, est faite pour confirmer cette idée: car Bakounine, par deux fois a fait ressortir qu’on voulait l’exclure parce qu’il représentait l’athéisme, et il fait circuler que les opposants sont des bourgeois; il faut avouer qu’ils ont été fièrement imbéciles de se retirer du congrès ce qui leur donnait l’air de grincheux et qui a permis à Bakounine de faire de la magnanimité — Bakounine par son ami Robin a voulu qu’immédiatement on porta la question au sein de la fédération parisienne, où sans doute les Suisses ne trouveraient pas des défenseurs et que le journal la Marseillaise annonça dans ses colonnes que ses adhérents étaient les vrais représentants de l’Int. suisse. J’ai dit à Robin que cette affaire ne regardait nullement la fédération parisienne, mais le Conseil général, et qu’il aurait grand tort de la troubler avec les querelles suisses et qu’il devrait attendre la décision du Conseil avant de rien(?) faire ici. Ce soir il y a réunion de délégués, mais comme je ne suis pas délégué, je n’ai pas le droit d’y assister, mais je crois lui avoir assez parlé(?) pour l’empêcher de faire ce qu’il voulait.

Robin n’est pas un intriguant, ni même un agent inintelligent de Bak., du moins c’est mon | opinion jusqu’à preuve du contraire; mais c’est un homme qui a été séduit par Bak.; d’ailleurs c’est de lui qu’il a tiré son athéisme et son communisme; mais je dois dire à l’honneur de son intelligence qu’il a déjà dépassé son maître, car aujourd’hui il m’a avoué que la question d’héritage était absurde, surtout dans la bouche d’un communiste. J’ai fait mon possible pour entrer en rapports amicaux avec lui, il est venu à la maison, je lui ai prêté des livres et dois lui lire et expliquer la traduction du Manifeste Communiste, j’espère peu-à-peu indirectement influencer xxx(?) lui; mais je ne crois pas pouvoir changer l’opinion qu’il a des ouvriers bijoutiers de Genève, qui pour lui sont d’affreux bourgeois, je ne sais qu’en penser. Mais j’ai trouvé un homme qui se chargera d’être le rival de Robin — Depuis que Ledru-Rollin est rentré, en voyant l’immense succès négatif qu’avait obtenu son lieutenant Delescluze qui vient de se bruler les doigts avec le manifeste de la gauche, il a compris la nécessité d’un autre agent, barbottant dans d’autres régions. Il a pris une vieille outre à poils blancs, qui se nomme le Père Lefèvre; je ne vous donne pas de détails sur lui, Dupont pourra vous en donner. Lefebre est devenu grâce aux besoins de son patron un socialiste tout crin; il reclame avec toute la gravité que lui donne son large ventre les droits de ceux qui ont le ventre creux; et il a du succès; mais j’ai un peu eventé sa mèche en le signalant comme un agent de Ledru. Il déplait furieusement à Robin, et Robin s’est arrangé de la façon la plus adroite du monde à le blesser dans sa partie la plus sensible, dans sa vanité d’homme de lettres; et Toole, mon ami, sait ce que c’est. Robin lui a dit que son style ne pouvait être compris et apprecié que par un académicien. La dent que  Andere Lesung: Lefabon/Lefabou.
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Lefebre
a contre lui à cause de ce mot est formidable et Robin fait tout son possible pour la faire grandir. — Robin est aussi un peu grincheux et est assez brutal dans son langage, aussi deplait-il à plus d’un. Ainsi malgré le service(?) qu’il pourra rendre, car il est d’une grande activité, il aura toujours des adversaires qui seront contents de mettre des épingles dans sa chaise. En les entretenant avec soin et en s’en servant au besoin on pourra le mater, s’il | devenait trop dangereux avec son Bak. –.

Mais il y aura encore un autre frein à l’ambition de Bak. Trois villes du continent convoitent la direction de l’Int. — Genève, Bruxelles et Paris, et toutes les trois se mefient l’une de l’autre; et comme dans toutes les trois la langue française est parlée, je crois que toujours les deux autres se combineront pour empêcher la troisième d’être la directrice: et tant que le Conseil général sera à Londres, Bak. troublera la Suisse, mais rien de plus; car ici il n’a nulle influence sur la direction du mouvement, au contraire sa question d’héritage lui a fait beaucoup de tort auprès des personnes qui connaissent un peu la question. Mais ce qu’il pourra faire et obtenir, c’est d’obtenir l’appui des français pour ecraser ses rivaux suisses; et quant à moi je ne vois nul moyen de l’en empêcher, surtout après l’histoire racontée par la Solidarité: ses adversaires devraient bien raconter les premières séances du congrès à leur manière et les envoyer à Paris, pour qu’au moins on entendit deux cloches. Je me chargerai bien de distribuer et de vendre le journal comme Robin l’a fait pour la Solidarité, mais j’aime mieux qu’un autre le fasse, ainsi j’aurai l’air de ne savoir rien de l’affaire; et même ma tactique sera de ne jamais vouloir y mettre le nez et d’empêcher que les parisiens prennent fait et cause pour ou contre Bak.

Il y a dans l’Int. une autre histoire c’est celle de Proudhoniens, qui voient la proie leur échapper, et qui en pleurent de larmes de sang, mais qui ne font aucun effort pour la rattraper car leurs doctrines s’y opposent. Au nom du mutuellisme, ils veulent l’autonomie, l’individualisme et la bêtise en isme, aussi ont-ils été opposés energiquement au projet de fédération et ont même refusé d’assister à l’assemblée générale et d’entrer dans la fédération; cependant Tolain leur chef a assisté à l’assemblée des délégués chargés de rediger le manifeste et fut nommé un des membres. Le manifeste lui déplut sans doute, car je combattis energiquement | pour que sa métaphysique sentimentale ne fut insérée tout entière, malgré mes efforts on laissa passer les trois premiers paragraphes, mais on supprima le reste et l’on introduisit beaucoup de choses qui n’etaient pas de son goût; sans doute c’est pour cette raison qu’il ne le signa pas, quoiqu’il fut présent le jour où l’on signat le manifeste pour l’envoyer à la Marseillaise. Quand je me trouverai en présence de Tolain je lui en demanderai la raison et lui forcerai à la donner publiquement: déjà beaucoup de monde a remarqué cette abstention surtout quand on apprit comme le bruit courait que les Proudhoniens voulaient faire leur manifeste; et beaucoup sont enchantés de cette abstention car ils sont ennuyés de faire cause commune avec les mutuellistes et cherchent à s’en détacher.

En ce moment le mouvement ouvrier prend une intensité extraordinaire, chaque jour de nouveaux groupes se forment et chaque jour la classe ouvrière accentue davantage ses sentiments et perd tout caractère de secte; d’ailleurs si vous lisez la Marseillaise, et les lettres de Malon, vous devez assister à ce mouvement.

J’ai revu et corrigé suivant le texte anglais et suivant la traduction publiée à Londres, les statuts de l’Int. publiés en France; si je ne vous ai pas envoyé une epreuve selon votre demande, c’est qu’il m’était matériellement impossible de Vous la faire parvenir, l’impression devait se faire immédiatement. Mais je crois que vous aurez bien d’être(?) satisfait avec mes corrections.

Laura et Schnaps superbes de santé. — Nous avons vu Frankel, il nourrit pour vous une admiration equivalente à celle de Kugelmann; il nous a paru très intelligent et c’est un de membres les plus actifs de l’Int. — Amitiés à J. Williams ainsi qu’a Me Marx, Toussy, Helene, Jocko, Whisky et le reste de la famille. —

L

/ Laura et moi nous serions assez désireux de lire quelquefois les journaux anglais — envoyez-les nous quand il y aura quelque chose d’intéressant. /

Zeugenbeschreibung und Überlieferung

Absender

Briefkontext

Zeugenbeschreibung

Soweit aus der Fotokopie zu ersehen ist, besteht der Brief aus einem Bogen grauweißen Papier. Paul Lafargue hat alle vier Seiten vollständig beschrieben. Schreibmaterial: schwarze Tinte.

Die letzte Passage („Laura et moi ...“) steht auf der ersten Seite am linken Rand quer geschrieben.

Von unbekannter Hand: Anstreichung der Passage „nulle influence ... comme Robin l’a fait pour la Solidarité,“ mit schwarzer Tinte am linken Rand.

Die Transkription erfolgte nach einer schwer lesbaren Fotokopie und ist an vielen Stellen unsicher.

Anmerkungen zum Brief

Zur Datierung: Die Datierung folgt der Erstveröffentlichung.

 

Zitiervorschlag

Paul Lafargue an Karl Marx in London. Paris, frühestens 20. April 1870. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital. Hg. von der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: http://megadigital.bbaw.de/briefe/detail.xql?id=M8678404. Abgerufen am 16.04.2024.