| Genève. Montbrillant. 8.–
le 12 Mars 1870.

A. Troussoff, rédaction «Cause du Peuple»
8. Montbrillant
Genève

Citoyen Marx.

Cher et vénérable Citoyen!

C’est au nom d’un groupe des russes que nous nous adressons à vous pour vous prier de nous faire l’honneur de nous représenter au Conseil général de l’Association Internationale à Londres. Ce groupe russe vient de se constituer en une Section de l’Internationale: la grande idée de ce mouvement international du prolétariat penètre aussi en Russie; notre but à nous, en constituant cette première section russe, est (comme vous le verrez dans les Statuts ci-joints) surtout d’aider énergiquement, autant qu’ill est en notre pouvoir, à la propagande active des principes internationaux permi les travailleurs russes, en vue de les grouper solidairement au nom de ces mêmes principes. Mais nous avons encore une autre tâche, c’est de démasquer le Panslavisme, en engageant la jeunesse des pays Slaves à lutter contre ces vieilles idées qui n’ont servi qu’au profit de l’empire | des Tzars, de cet empire qui doit nécessairement tombeer pour faire place à une libre Fédération d’associations agricoles et industrielles, unies au monde entier des travailleurs par la mutualité de leurs interêts et par l’homogénéité de leurs idées.

Nous nous empressons de vous annoncer que le travail préparatoire que nous avons entrepris dans ce sens a du succès et que nous trouvons des adeptes pour la propagande Internationale parmi les Tscheks, les Polonais et les Serbes, ces derniers possédant déjà une vaste organisation nommée Omladina, au sein de laquelle les adeptes serbes de l’Internationale espèrent pouvoir introduire l’idée régénératrice. —

Si nous tenons tant à vous savoir notre représentant, c’est que votre nom est vénéré à juste titre par la jeunesse studieuse russe, issue en grande partie des rangs du peuple travailleur. Cette jeunesse n’a et ne veut avoir par ses idées comme par sa position sociale rien de commun avec les parasites des classes privilégiées, et elle proteste contre leur oppression, en combattant dans les rangs | du peuple pour son affranchissement politique et social. — Elevés dans les idées de notre maître Tschernÿschèwsky, condamné pour ses écrits aux travaux forcés de Sibérie, en 1864, — c’est avec joie que nous avons salué votre exposé des principes socialistes et votre critique du système de la Féodalité industrielle, — principes et critique qui, une fois compris par les hommes, briseront le joug du Capital, soutenu par l’État qu’il entretient à ses frais et pour son comptte. — C’est à vous encore que revient la grande part dans la fondation de l’Internationale, et pour ce qui nous concerne spécialement c’est encore vous qui n’avez jamais cessé de démasquer le faux patriotisme russe, les fausses subtilités de nos Démosthènes prophétisant sur la prédestination glorieuse de ces peuples slaves, qui de fait n’ont eu jusqu’à ce jour que la prédestination d’être écrasés par le Tzarisme tartare et de servir à l’écrasement des peuples avoisinants. Il est donné à la jeunesse démocratique Russe, aujourd’hui de vous témoigner, par la voix de ses frères exilés, sa profonde reconnaissance pour les services que vous avez rendus à sa cause par votre propagande théorique et pratique, tout en vous priant de lui rendre un nouveau service: calui | d’être son représentant auprès du Conseil général de Londres.

En même temps, nous croyons de notre devoir de vous prévenir que nous ne pourrions, en aucune façon, laisser tomber notre choix pour la représentation sur aucun des russes se trouvant pour le moment à Londres.

Et pour ne pas vous induire en erreur ni vous causer de surprises plus tard, nous tenons aussi à vous avertir que nous n’avons absolument rien de commun avec Mr Bakounine et ses quelques consorts. Bien au contraire, nous serons prochainement forcés de donner une appréciation publique de la condition de cet homme, afin que le monde des travailleurs — dont l’opinion a seule une valeur réelle à nos yeux — sache qu’il y a des individus qui, préchant certains principes en son sein voudraient fabriquer en leur pays, en Russie, tout autre chose, qui mérite bien la flétrissure d’infâmie. Il est urgent que cette hypocrisie de faux amis de l’Égalité politique et sociale, ne rêvant qu’à une dictature personnelle, à l’instar d’un Schweizer, sans toutefois avoir même ses talents ou son audace, il faut que cette hypocrisie soit démasquée, et nous nous rapporterons au jugement du Conseil général, afin que vous prononciez sur la conduite — sur les actes et sur les éctrits d’individus comme Mr Bakounine, qui s’efforcent de faire pénetrer les écrits de ce genre — négation odieuse de tous les principes de l’Internationale — dans l’esprit de la jeunesse russe.

Veuillez nous informer si vous nous autorisez à vous adresser ceux de nos amis qui se rendent en Angleterre, et où nous pouvons envoyer notre journal et nos bulletins qui paraîtront tous les mois.

Est-il nécessaire d’ajouter que quelques lignes de vous pour notre journal, puisque nous ne pouvons pas espérer sur quelques pages, seront reçues avec reconnaissance. Recevez, citoyen, au nom de tous nos frères, l’expression de notre profond respect. —

N. Outine. V. Njetoff. A. Troussoff

Zeugenbeschreibung und Überlieferung

Zeugenbeschreibung

Veröffentlichung nach einer Ersttranskription des RGASPI. Die Originalhandschrift konnte nicht eingesehen werden.

 

Zitiervorschlag

Nikolaj Isaakovič Utin, Viktor Ivanovič Bartenev und Anton Danilovič Trusov an Karl Marx in London. Genf, Samstag, 12. März 1870. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital. Hg. von der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: http://megadigital.bbaw.de/briefe/detail.xql?id=M6824867. Abgerufen am 21.04.2024.