| Mon cher M. Marx,

On nous a annoncé votre grande maladie cérébrale compliquée d’inflammation de glandes lymphatiques axillaires; mais heureusement que votre folie, doit être aujourd’hui en grande partie diminuée, aujourd’hui que vous êtes parvenu à empoigner l’objet de vos desirs, c’est-a-dire de pouvoir lire la langue de vos bien-aimés Russes. Laura et moi nous nous sommes ingéniés pour trouver quelque chose qui pourrait vous détourner de votre manie furieuse; et nous n’avons trouvé que les journaux; ainsi vous avez du recevoir un joli paquet, que d’après ce que nous a dit Jenny a fait le tour du monde, du moins de votre monde; c’est à dire les Lormiers et Engels. Nous savions aussi combien les habitants de Modena et vous en particulier aiment les cancans; mais malheureusement nous n’avions rien à leur raconter; car Laura et moi nous vivons un peu en solitaire, sauf une ou deux excursions que j’ai faite hors de notre trou ou nous nous plaisons tant. La première excursion le bal de Levrault vous a été narrée par Laura, ainsi n’en parlons plus, la seconde grande excursion est chez  Anspielung auf die Gestalt des Arztes Monsieur Diafoirus in Molières Komödie „Le Malade imaginaire“.
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le grand Docteur Diafoirius
; (Laura nomme ainsi Moylin, parceque le cher homme est sujet à de chroniques diarrhées, ce qui le gêne beaucoup comme vous devez le supposer, d’ailleurs, sie vous avez des doutes sur les inconvenients des trains expressés, demandez en des nouvelles | à Mme Marx, qui sait quoi penser sur ce sujet interessant.).

Le docteur, comme vous devez le supposer par ses professions de foi socialistes et rigolos; songe constamment à se créer un parti, dont il sera le porte plumet, même je crois qu’il a commandé son habit de général avant d’avoir son armée; des faits pareils arrivent souvent. Pendant un moment il a suivi avec une ardeur fievreuse les réunions publiques; le general voulait y recruter son armée, il parlait à Pierre et Jacques, leur disait des douceurs, leur faisait de m’amours, les invitait à venir chez lui pour prendre connaissance de ses grands plans de reforme sociale, que son gigantesque et puissant cervaux étaient seuls capables de concevoir. Quand un homme loge dans la Rue de Rivoli, (une de plus belles rues de Paris) et paie un loger de 10,000 f. il est sur d’avoir des visiteurs, voir même de amis, s’il pousse la complaisance jusqu’à leurs offrir une tournée de n’importe quoi: aussi le général Moylin, eut donc de visiteurs; même chez lui à l’époque des elections on tint des conciliabules pour discuter un programme socialiste. Moylin a une tres petite opinion des autres, mais en revanche une tres grande de lui-même; comme dans ses réunions se trouvaient principalement les hommes un peu connus du mouvement, tous un peu plus ou peu moins généraux que Moylin; vous comprenez bien que tous ces gens avaient aussi leurs plans de réforme sociale dans leur poche. De là entrechoquements, discussions, le général Moylin, n’admet pas qu’on le discute; on se sépara un peu moins amis que lorsqu’on était venu. Moylin de les traiter d’imbeciles et d’idiots, | il est a penser que les autres en firent de même. Moilin un moment desespéré et retenu à la maison par ses diarrhéees continuelles suspendit son recrutement qui avait eu un si beau résultat. Mais quand il eut trouvé son bouchon et quand il eut bien bouché son ouverture par ou s’ecoulait sa force et sa conviction dans la bonté et l’intelligence humaine, il reprit son œuvre: il avait voulu d’abord avoir un état-major de gens intelligents; mais ce coup-ci il ne songea plus qu’a avoir des soldats, dont il consentait a être le général et le état-major. La il se heurta contre beaucoup de difficultés, car beaucoup de généraux ont recruté deja leur petite troupe. Cependant il parvint à force de travail à grouper une trentaine d’individus; à qui il seringué ses opinions dans la tête, ces malheureux ne sont plus que des perroquets; cependant plusieurs d’entre eux éblouis par le titre de docteur, que le général fait sonner bien haut et par ses immenses talents qu’il vante à tout propos, ont conservé quelques atomes d’intélligence et seraient capables de laisser leur général in the lurch au moment decisif. Lundi dernier j’ai assisté à une de ces conciliabules; qui se tiennent dans la maison de l’illustre docteur. D’abord comme maitre de maison et comme général il s’adjuge la présidence; lui seul est assis dans un fauteuil qui se trouve sur estrade haute d’un pied; près de lui se trouve une immense sonnette en cuivre, qu’il agite à tout moment quand il parle pour reclamer le silence le plus absolu: heureusement nous sommes en hiver; car s’il y avait des mouches il leur defendrait de voler, parceque le bruit de leurs ailes ne te troublent pas dans l’enonciation de | ses profondes pensées. Je dois vous dire qu’il parle toujours. Il voudrait maintenant faire donner par son groupe de conferences vers son programme: mais comme il sait que son groupe ne brille pas beaucoup par l’intelligence; il voudrait avoir q.q. autres; par conséquent dans son conciliabule, on devait discuter son programme. Discuter, entendons-nous; voici ce qu’il appelle discuter. Il lit son programme, le developpe, puis, dit voulez-vous l’adopter, oui ou non; des qu’on veut s’etendre au delà d’un oui ou d’un non, il pretend que c’est perdre du temps; que rien n’est plus facile que de critiquer, que c’est produire qui est quelque chose, que son programme, est un produit que nulle critique ne peut renverser et patati, patata; tout le monde l’écoute et est abruti, moi tout le premier, tant d’aplomb, me renverse. Cependant j’ai fait quelques objections bien modestes, il m’enleve la parole et la donne à un autre, ce que voyant je reclame energiquement la parole, et force les gens à m’ecouter; le branle était donné, plusieurs me suivent, on critique tant et tant qu’il dut effacer plusieurs de ses articles de constitution, que dans la prochaine séance, nous devons remplacer par d’autres. — Moylin a été assez froid avec moi à la sortie, car il comprends que si je continue ainsi, je n’en vais porter l’esprit de révolte dans son armée; et comme à Bonaparte, ça ne lui convient pas du tout.

Assez de cancans; — Je vous conseille de prendre quelques douches d’eau froide contre votre folie.

Amitiés à tous. — Je vous serre la main

P Lafargue

La Marseillaise excepté au moment de  Victor Noir starb am 11. Januar 1870.
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la mort de Noir
se vend 0,15c parcequ’elle était saisie, si à Londres, on la vend un shilling, on vous vole, comme dans un bois.

Zeugenbeschreibung und Überlieferung

Absender

Zeugenbeschreibung

Soweit aus der Fotokopie zu ersehen ist, besteht der Brief aus einem Bogen weißem, vergilbtem Papier. Lafargue hat alle vier Seiten vollständig beschrieben. Schreibmaterial: schwarze Tinte.

Anmerkungen zum Brief

Datierung in der Erstveröffentlichung: Später als 9. Februar 1870.

Zur Datierung: Die Datierung folgt der in der Erstveröffentlichung.

 

Zitiervorschlag

Paul Lafargue an Karl Marx in London. Paris, nach Mittwoch, 9. Februar 1870. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital. Hg. von der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: http://megadigital.bbaw.de/briefe/detail.xql?id=M4140355. Abgerufen am 17.04.2024.