| Bruxelles, 16 février 1869.

Cher citoyen Marx,

Pardonnez-moi si je ne vous ai pas répondu plus tôt; je n’ai voulu vous écrire qu’après avoir fait des démarches chez tous les éditeurs de Bruxelles; et comme j’ai beaucoup de besogne en ce moment (pas tant comme typographe que comme interne des hôpitaux, à cause de l’épidémie qui sévit en ce moment sur Bruxelles), cela m’a demandé un certain temps. Au moins, si après ce retard, j’avais pu vous annoncer un bon résultat; mais non, je n’ai pas trouvé d’éditeur pour  Es geht um eine Neuauflage von Marx Schrift „Der 18te Brumaire des Louis Napoleon (New York 1852), für die De Paepe einen französischen Verleger suchte (siehe Marx an Engels, 20.3.1869 „Was den L. Bonaparte betrifft ...“). Die 2. Augabe erschien 1869 bei dem Hamburger Verleger Meißner unter dem Titel „Der Achtzehnte Brumaire des Louis Bonaparte“. Siehe MEGA2 I/11.
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votre brochure
. Je suis allé chez Lacroix, Verboeckhoven et Cie, chez Meucquart, chez Kiesling, chez Rosez, mais tout cela en vain. Je regrette de n’avoir pu vous être d’aucune utilité dans cette occasion. Ils veulent bien éditer, à la condition que vous payiez tous les frais d’impression, etc., mais pas vous acheter votre ouvrage.

Dans votre lettre vous parlez d’un article de la Cigale où le Conseil général de Londres et surtout la section bruxellaise sont passablement maltraités. Cet article est de M. Stanislas Charnal, un comédien (sic), ami de M. Vésinier. Nous n’avons pas répondu à cet article odieux, parce que nous avons trop de dignité pour répondre à de pareilles polissonneries.

J’ai enfin découvert à Bruxelles  Karl Marx: Misère de la Philosophie. Réponse à la Philosophie de la Misère de M. Proudhon. Paris, Brüssel 1847.
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votre ouvrage «Misère de la philosophie»
, non pas chez un libraire, mais à la Bibliothèque publique dite «Bibliothèque royale du Musée». Je l’avais lu en partie lors de mon voyage à Londres, mais complétement oublié; maintenant je l’ai lu et relu avec la plus grande attention. Proudhon s’y trouve réellement battu, réduit à sa plus simple expression. Cependant, faut-il vous le dire, tout cela ne m’a ôté l’idée que la Banque d’échange serait une institution non seulement possible, mais utile; mais je suis loin de considérer | cela comme la solution du problème social. Ainsi, je me représente très bien les associations coopératives de production reliées par une institution qui centraliserait entre elles la circulation et fonctionnerait en faisant du crédit au prix de revient, au lieu de faire produire au capital un intérêt ainsi que le fesait faisait la Banque du crédit du travail, de Beluze, qui vient de crouler à Paris.

Voilà jusqu’où va mon proudhonnisme. Ah! pardon, j’accepte encore de Proudhon  P.-J. Proudhon: Qu’est ce que la propriété? Premier mémoire. Paris 1840.P.-J. Proudhon: Lettre à M. Blanqui, professeur d'économie politique au Conservatoire des arts et métiers sur la propriété. Deuxième mémoire. Paris 1841.
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sa critique de la propriété (1er et 2d mémoire)
, que malheureusement il a quasi-reniée par la suite.

A propos de votre ouvrage «Misère de la philosophie», nous nous proposons d’en reproduire successivement, dans notre journal l’Internationale divers passages tels que celui sur la division du travail, celui sur les machines, celui sur les coalitions ouvrières, etc., etc., bien entendu en déclarant d’où nous tirons cela. A ce sujet j’ai pourtant une demande à vous faire: Vous savez que nous avons encore parmi nous beaucoup de proudhonniens orthodoxes (les rédacteurs de la Liberté par exemple, du moins la plupart d’entre eux) et que ceux-mêmes qui, comme moi, commencent à se déproudhoniser plus ou moins, ont néanmoins pour Proudhon beaucoup de respect. Eh bien, il y a dans votre livre certains passages remplis d’une ironie amère envers Proudhon, que la polémique d’alors justifiait et qu’il serait (je pense) utile et convenable d’omettre aujourd’hui; il s’agirait tout simplement de nous permettre d’omettre ces sorties lorsqu’elles arrivent, pour nous attacher à continuer votre argumentation ou votre exposé? C’est en vue de faire mieux accepter votre idée auprès de certains fétichistes de Pierre-Joseph, que je vous demande de nous faire cette petite concession. Si vous ne me répondez pas c’est que vous consentez. – | conformément au proverbe: qui ne répond pas, consent.

Encore un service que vous pourriez nous rendre, ce serait d’engager Lafargue, Eccarius ou quelqu’autre de nos amis à nous envoyer de temps en temps (au Conseil général des sections belges) un petit comte-rendu du mouvement prolétaire en Allemagne, en Angleterre ou aux Etats-Unis, sous forme de correspondance adressée au journal l’Internationale; il n’est pas nécessaire que cette correspondance soit aussi régulière, aussi fréquente et aussi détaillée que celle d’Eccarius à l’Egalité, nous nous contenterions d’infiniment moins.

Jadis nous recevions le Bee-hive qu’Eccarius nous envoyait. Depuis longtemps déjà nous n’avons plus reçu ce journal; aurait-il cessé de paraître?

J’ai dit aux Anversois de vous envoyér leur «Werker». Aussitôt que j’en aurai l’occasion, je dirai aux brugeois de vous envoyer leur «Vooruit!».

Nous voudrions bien savoir quels sont en Angleterre, outre le Beehive et le Social-Economist, les journaux socialistes, ou coopérativistes, ou unionistes, etc., avec lesquels nous pourrions faire l’échange. Idem pour les journaux démocratiques allemands, car jusqu’ici nous n’échangeons qu’avec le Vorbote, l’Arbeiter de Bâle et la Demokratisch Wochenbladt de Leipzig. – Connaissez-vous aussi des journaux socialistes italiens ou espagnols? – Nous vous demandons tout cela, parce que nous avons organisé à Bruxelles un cabinet de lecture où nos | membres peuvent venir le soir prendre connaissance des ouvrages et des journaux que nous possédons.

Présentez mes respects à votre dame et à toute votre famille, et mes amitiés à tous nos amis du Conseil central de Londres. N’oubliez pas, parmi ces derniers, notre correspondant Bernard et ayez l’obligeance de lui dire qu’à la fin de ce mois il recevra notre rapport semestriel. N’oubliez pas non plus Lafargue, auquel je dois un mot d’explication: il trouve le terme de compagnon (que nous employons journellement ici à l’Association internationale) trop moyen-âge; je dois lui dire que nous disons indifféremment Monsieur, citoyen, camarade ou compagnon; mais que nous préférons le dernier de ces termes, parce qu’il a un parfum d’atelier, un parfum de travail, qui sied mieux à ceux qui veulent une révolution sociale en faveur des travailleurs, que le terme de Monsieur qui est trop aristocratique, ou le terme de Citoyen qui rappelle trop l’étroite cité de l’antiquité; du reste, en Belgique les ouvriers ne sont pas des citoyens; ils n’ont aucun droit politique, ils ne sont rien dans l’Etat, ils ne sont pas des membres de la cité. Ajoutez à cela que le mot de citoyen est plus ou moins usé chez nous à cause de l’abus qu’en font les grands citoyens de la république bourgeoise et formaliste, dont nous tenons à rester bien distincts; ils veulent la république comme forme de gouvernement, nous la voulons comme forme de la société; pour eux la république est un but, pour nous la république est le résultat nécessaire d’une organisation sociale où il n’y aura plus de parasites d’aucune sorte, c.à.d. pas plus de républicains-capitalistes et propriétaires que de rois ou d’empereurs.

Salut fraternel

C. De Paepe.
 

Zitiervorschlag

César De Paepe an Karl Marx in London. Brüssel, Dienstag, 16. Februar 1869. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital. Hg. von der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: http://megadigital.bbaw.de/briefe/detail.xql?id=M0000940. Abgerufen am 08.02.2023.