| Mon cher Monsieur Marx

Nous avons déjeuné ce matin avec Jaclard, et comme vous deviez vous y attendre le principal sujet de notre conversation était votre ouvrage. Il a été le chercher chez Chili, et c’est sa paresse qui l’a empêché de nous en accuser reception … Il faut savoir pardonner, surtout quand on a bonne intention comme Jaclard, et quand on est si occupé, car le pauvre diable pendant six heures de la journée est obligé de donner des léçons à des petits gamins. Quel ennui! Vous devez tenir cela en ligne de compte. Il a lu votre livre et l’admire beaucoup. Pour lui ce sera horriblement difficile à traduire en français. 1o Parceque toute la science économique étant remaniée il faut toujours considérer les choses sous un point de vue nouveau, ce qui va fatiguer les paresseux lecteurs français si amis de la vieille routine déclamatoire et sentimentale. 2o Cette langue | philosophique est tout-à-fait nouvelle dans un ouvrage de ce genre. 3o la richesse du language, etc … En un mot Laura a été enchantée de voir qu’il avait parfaitement conscience de la grandeur de l’œuvre qui il allait tenter. Déjà elle sait combien c’est difficile. Cependant Jaclard a commencé la traduction et la continuera parcequ’il apprecie toute la valeur intrinsèque de cet ouvrage et toute son importance révolutionnaire dans le présent moment. Cette été il s’arrangera à pouvoir travailler plus qu’il ne l’a fait, et pendant ces vacances au mois d’Août ou 7bre il ira faire un voyage à Londres pour vous montrer ce qu’il aura fait.

Laura est furieuse contre moi, elle voulait avoir le plaisir de vous écrire ceci elle-même, mais il faut qu’elle s’habille pour que nous sortions immédiatement et l’heure de la poste est arrivée, et je veux vous envoyer ces nouvelles le plustôt possible pour vous soulager un peu de vos horribles furoncles.

| Vous restez bien longtemps sans écrire. Pourquoi? Seriez-vous tous écrasés par un tremblement de terre?

Ou bien vous reposez-vous de vos fatigues? Jenny nous a écrit si souvent qu’elle doit être bien fatiguée.

A bientôt une de vos lettres.

Tout à vous
P Lafargue

| Jaclard m’a promis de faire des articles sur votre livre et qu’il publiera dans le Nain Jaune et le Phare de la Loire.

 

Zitiervorschlag

Paul Lafargue an Karl Marx in London. Paris, nach dem Mittwoch, 15. April 1868. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital. Hg. von der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: http://megadigital.bbaw.de/briefe/detail.xql?id=B00615. Abgerufen am 06.12.2021.