| Mon cher Mons. Marx

Vous aviez donc peur que la maison ne s’écroulât sur vous le jour de votre départ; c’est sans doute la raison qui vous a fait partir si tôt; sans vouloir m’attendre jusqu’à l’heure fixée; car je suis venu exactement au rendez-vous; mais la cage était vide, vous aviez emmené avec vous Jenny et Tussy; Laura était dans la cuisine à m’attendre, ne vous trouvant pas je voulais au moins vous serrer la main sur le bateau; nous prîmes un cab et nous allâmes; arrivés au bord de la Tamise, nous comprîmes, mais un peu tard, que votre impatience ne vous aurait pas permis de rester sur le bord. Laura et moi nous nous consolâmes de notre désappointement en faisant une promenade énorme.

J’ai fait votre commission auprès du Conseil central. La première fois que je communiquai au conseil votre demande, on ajourna la déliberation pour attendre la présence de Odger;on lui écrivit, mais il ne vint pas; et même ne daigna pas excuser son absence. Sur ma proposition on procéda immédiatement; Carter nous a assommés avec trois ou quatre longs discours, qui n’avaient qu’un petit malheur, c’était d’être toujours des répétitions de plus en plus affaiblies et pâles. Il défendait Odger  | comme Anglais et non comme président de l’Internationale, j’avais beau me tuer à lui démontrer que nous n’avions que faire avec Mr l’anglais Odger, mais bien avec Mr le Président du conseil central; mais je serais plustot parvenu à changer du plomb en or que de faire entrer une chose si simple dans cette outre pleine de mots sonores. Enfin après les discours soporifiques de Carter, on passa la résolution suivante présentée par moi et secondée par Lessner; je vous en donne le sens: Que le Conseil central répudiait énergiquement l’eloge donné par son président à Bismark. Vous devez être content.

Après on s’est occupé d’une autre question très importante le salaire du secrétaire. C’est Jung qui a soulevé la question. Il a été convenu qu’on lui donnerait 10 schellings schillings par semaine, et que cette somme serait fournie volontairement par les membres du Conseil; immédiatement on fit passer une liste et l’on trouva des souscripteurs pour 14 schellings schillings. Quand la question pécuniaire fut tranchée, il s’agissait de trouver un secrétaire. Shaw donnait sa démission, il ne voulait pas être payé, Fox refusait, Ecarius aussi; même Ecarius a été très beau, il est maintenant en Grève; et Fox prétendait | qu'Ecarius devrait accepter parce que cela l’aiderait à supporter plus facilement la grève. Mais il refusa carrément et ajouta que dans une affaire comme celle-là on ne devait jamais invoquer des considérations humanitaires. Shaw fut donc obligé de garder sa place de secrétaire et d’être payé contre son gré. Même il ne voulait pas prendre l’argent versé sur la table, alors je lui dis: «Prenez-le et flanquez-le par les fenêtres si cela vous plaît.».

Vous n’avez pas du être sans entendre parlez des grèves; c’est superbe. Le journal des Débats, a lancé un article fulminant contre l’entente des ouvriers de divers nations.Veuillot dans son journal qui a reparu, ces jours derniers a tonné contre la grève, et a prètendu qu’elles qu’elle étaient les rugissements du lion socialiste (sic), et que tous les honnêtes gens devraient se réunir sous un même drapeau pour courir sus au monstre. Les prêtres béniraient les combattants, et comme les corbeaux iraient boire leur sang après la bataille; quant à Mr Veuillot il ferait des gros sous en répétant les nouvelles, et en chantant les gloires de cette armée de Dieu. La pudeur du Times, ces jours derniers a été mise à une grande épreuve; Dieu veuille éloigner de lui de pareilles épreuves,  | elles sont au-dessus de la nature humaine, surtout bourgeoise. L’enquête sur les trades’ Unions se continue avec beaucoup d’activité, les leaders de la classe ouvrière sont appelés et subissent un examen des plus rigoureux. Un entre autres, Colonny, stonemason, prétendait que la classe ouvrière n’avait rien a voir avec les intérêts du capital, et au contraire qu’elle devait lui porter les plus grands coups. Jugez des criailleries du Times; mais ce n’est pas tout. Colonny avec un cynisme superbe, digne des grands jours, ajoutait, qu’un ouvrier, (stonemason) considérait comme de son devoir de mettre une mauvaise brique dans une bâtisse ou de faire mal son ouvrage. La morale usuelle, je le sais, trouverait à redire à ceci, disait-il, «mais nous nous moquons de la morale;»(we don’t care). Cela dépassait les bornes, le Times a consacré tout un article à ce mot.

Je n’ai pas besoin de vous donner de nouvelles de votre famille, tout le monde vous a écrit, mais je ne sais si l’on vous a dit que nous vous demandions à corps et à cris; surtout Tussy, elle a besoin de vous à ce qu’il paraît pour pouvoir vivre. Vos nouvelles sont bonnes, tant mieux; ayez le plus grand succès tant moral que pécuniaire; mais, pour Dieu! revenez le plus tôt possible. Vous trouverez, ci-inclus, une lettre pour Moilin, je vais lui écrire d’ailleurs, mais je vous remercie sincerement d’avoir procuré à mon ami un client.

Je vous serre cordialement la main
PLafargue
 

Zitiervorschlag

Paul Lafargue an Karl Marx in Hannover. London, nach Dienstag, 23. April 1867. In: Marx-Engels-Gesamtausgabe digital. Hg. von der Internationalen Marx-Engels-Stiftung. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. URL: http://megadigital.bbaw.de/briefe/detail.xql?id=B00252. Abgerufen am 20.01.2020.